Marcel Sembat

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Theme 05 - HISTOIRE
Auteur LEFEBVRE DENIS
Disponible
Marcel Sembat
Denis LEFEBVRE

Editions Dervy
23,00 €
Description du produit

In « Matière à Débats » La Chaîne d’union n°80

 

Marcel Sembat, parangon de l’humaniste, franc-maçon et socialiste

par Jean-Louis Validire

 

Marcel Sembat

Franc-maçonnerie, art et socialisme à la Belle Époque

Par Denis Lefebvre

Éditons Dervy, 2017

333 pages, 23 €

 

 

C’est à un voyage au tournant du XXe siècle que nous invite Denis Lefebvre dans ce dernier livre qu’il consacre à Marcel Sembat, dont le sous-titre «Franc-maçonnerie, art et socialisme à la Belle Époque» laisse d’emblée envisager la perspective de ce moment crucial de l’histoire récente de la France.

 

La nostalgie n’est jamais bonne conseillère, surtout en histoire, mais comment rester froid devant les événements politiques, esthétiques, idéologiques qui ont bouleversé le pays puis le monde avec son lot de combats, de victoires, de drames personnels et collectifs dont l’apogée tragique a été la Première Guerre mondiale? Ce tourbillon que l’on retrouve en écoutant La Valse de Maurice Ravel, Denis Lefebvre le fait vivre avec la nécessaire empathie, mais aussi la rigueur de l’historien du mouvement socialiste et de la maçonnerie qu’il est.

Le personnage de Marcel Sembat lui est familier puisqu’il avait déjà, il y a plus de vingt ans, écrit une monographie fondée sur la lecture des Cahiers noirs laissés par le dirigeant socialiste et dont de larges extraits avaient était publiés dans plusieurs numéros de la revue de l’Ours (Office universitaire de recherche socialiste), dont il est l’opiniâtre secrétaire général. Cet ouvrage, aboutissement d’une longue familiarité fondée sur l’étude des différentes archives, notamment celles de Pierre Collart, fils de l’une des sœurs de Georgette Agutte, l’artiste peintre qui fut la femme de Sembat, est aussi riche que passionnant. Il permet notamment de pénétrer dans l’intimité de l’homme au-delà de l’animal politique ou du publiciste.

 

Militant socialiste et ami des arts

 

La personnalité et l’aura de Marcel Sembat ne peuvent, en effet, difficilement laisser insensible. Né en 1862 à Bonnières, dans le département de Seine et Oise, il devint avocat avant de se consacrer au journalisme. Le militant puis le dirigeant socialiste qu’il allait devenir était aussi un amateur d’art éclairé. Georgette Agutte qu’il épousa et avec laquelle il vécut une passion telle qu’elle se suicida douze heures après sa mort brutale, d’une hémorragie cérébrale en septembre1922, lui avait fait découvrir nombre de peintres de ses amis, dont Henri Matisse, Albert Marquet, Georges Rouault ou encore Charles Camoin. Il n’est certes pas le seul homme politique de l’époque à frayer avec les artistes, on peut à cet égard se souvenir de l’amitié et de l’admiration que Clemenceau portait à Claude Monet, mais il n’y a pas d’exemple d’une imbrication aussi intense entre toutes les activités humaines. Marcel Sembat est le parangon du socialiste intellectuel, éclectique, jamais pédant. Lefebvre cite le député et avocat Alexandre Zévaès qui relate une rencontre fortuite place de la Concorde en octobre 1908 : «je vais de ce pas au Salon d’Automne; cet après-midi, je participe aux travaux du convent maçonnique; ce soir, je dois prendre la parole au meeting organisé à la Bourse du travail par le syndicat des ouvriers boulangers», lui lance Sembat résumant ainsi en une phrase son énergie, son enthousiasme et son engagement.

 

Un socialisme à l’écart du marxisme

 

Cet éclectisme fondé sur un socialisme personnel forgé dans le blanquisme, à l’écart du marxisme, le conduisit naturellement, oserait-on dire, vers le positivisme, la défense de la laïcité et aussi le féminisme. Portant beau, la barbe soignée, toujours bien mis, lorgnons, plastron et manchettes aux boutons d’argent, comme il est souvent décrit, Sembat est cependant le député d’une circonscription ouvrière, les Grandes Carrières, du XVIIIe arrondissement de Paris. Ce sera après 1905, l’un des dirigeants les plus charismatiques, dirait-on aujourd’hui, du Parti socialiste unifié, membre de la section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Souvent désigné par son groupe parlementaire comme orateur, il est l’un des ténors du Parlement et ses joutes oratoires avec Clemenceau, dont il fustige volontiers la politique répressive lors des émeutes et des grèves et notamment lors des mutineries à la suite du mouvement des vignerons du midi de la France en 1907, sont restées célèbres.

On retiendra particulièrement le long chapitre consacré à l’action de Marcel Sembat en maçonnerie. Une lecture éclairante sur ce qu’a représenté le Grand Orient de France (GODF) pour toute une partie de la gauche intellectuelle laïque et progressiste. Après la Commune de Paris, les socialistes se désintéressent de la franc-maçonnerie dont ils regrettent qu’elle n’ait pas soutenu plus vigoureusement ce mouvement d’émancipation, mais la tendance s’inverse dix ans plus tard.

 

Une maçonnerie à l’écoute de la société

 

Le retour d’exil des communards et l’affirmation au convent de 1877 de la liberté absolue de conscience montrent que l’ordre est en train d’échapper définitivement aux modérés parce que les socialistes et les syndicalistes retrouvent le chemin des Loges. Dès 1885, Sembat songe à s’affilier, mais attend finalement 1891 pour être reçu le 12 juillet à La Fidélité, loge lilloise de la Grande Loge de France. Pourquoi Lille plutôt que Paris? Sans doute, suggère Lefebvre, par discrétion tant vis-à-vis de sa famille que du monde extérieur parisien. Il changera d’ailleurs et d’obédience et de région en 1898 pour fonder avec d’autres amis la loge La Raison au GODF à l’orient de Montmartre.

Cet atelier, comme le fait remarquer l’auteur, est ancré en plein XVIIIe arrondissement et est installé par deux figures de poids de la maçonnerie. Le premier, Frédéric Desmons, rapporteur au convent de 1877 du célèbre vœu no 7 qui visait à éradiquer de la constitution du GODF la défense de «l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme», est à cette époque président du Conseil de l’ordre. Le second, Arthur Mille, qui sera député de l’Allier et vice-président du Conseil de l’ordre, est également membre de la Chevalerie du Travail.

C’est une maçonnerie — celle dont se réclame encore aujourd’hui le GODF — qui travaille sur les problèmes concrets de la société tout en sachant prendre le recul nécessaire vis-à-vis de l’action politique quotidienne. Ainsi Sembat présente-t-il des planches sur «l’idéal philosophique de la franc-maçonnerie» ou sur «l’évolution sociale en Amérique». Ce qui n’empêche pas le développement d’un courant socialiste de plus en plus marqué, avec des affrontements, que décrit avec précision Lefebvre, avec les radicaux, face auxquels Sembat défend à partir de 1906, dans tous les convents auxquels il participe, l’idée selon laquelle les socialistes souhaitent une maçonnerie politique engagée dans la vie de la Cité, mais non politicienne. Ce débat aura, comme on le sait, un écho au Parti socialiste où les guesdistes tentent d’interdire la double appartenance.

 

Pacifiste, bouleversé par l’assassinat de Jean Jaurès

 

Enfin, bien sûr, le livre aborde le problème de la montée des antagonismes internationaux qui mèneront à la guerre. Sembat, pacifiste, bouleversé par la mort de Jaurès finira par entrer au ministère d’Union sacrée en août 1914 où il prendra en charge les Travaux publics, avec comme directeur de cabinet Léon Blum. Une période difficile, finement analysée par Denis Lefebvre, qui décrit — documents à l’appui — avec beaucoup de subtilité et d’humanité les dernières années d’un homme brisé par cette expérience qui aura encore la lucidité de s’opposer à la mainmise des communistes sur la SFIO lors du congrès.

Ce portrait d’un grand humaniste de la première partie du siècle dernier est un livre important. Il montre au-delà de l’homme Marcel Sembat ce qu’a été le combat du Grand Orient de France à cette époque, débarrassé de l’obscurantisme et des «augustes fadaises». Une vie et un exemple à méditer…

 

J.L. V.


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